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Chapitre 2 : Bonnie

Bonnie

Je me relève du sol aussi vite que je peux et je me traîne jusqu’à ma salle de bains pour essayer de me nettoyer du mieux possible avant de descendre. La douleur dans mon dos est maintenant plus un vague tiraillement, mais les entailles dues au verre me piquent comme une vraie garce. Heureusement pour moi, la plupart des coupures ne sont pas très profondes et, d’après ce que je vois, elles n’ont pas de morceaux de verre dedans, donc elles guériront très bien. Cependant, celle dans la paume de ma main est profonde et mettra beaucoup plus de temps à guérir.

Je grimace en retirant rapidement le morceau de verre avant d’enrouler un tissu autour pour, espérons-le, ralentir le saignement. « Je suis désolée de ne pas pouvoir te guérir, Bon Bon. » La voix triste de Lexis me serre le cœur. « Ce n’est pas ta faute, Lex. » Comme d’habitude, elle n’est pas d’accord, mais c’est la vérité. Oui, elle est trop faible pour guérir mes blessures les plus grandes, mais elle soigne encore les petites et, plus important encore, elle est là pour moi, ce qui signifie plus qu’elle ne le saura jamais.

La raison pour laquelle elle ne peut pas m’aider pour les blessures plus graves, c’est parce que je suis en si mauvaise santé à cause des abus que je reçois chaque jour de mon père et de mon frère. Leurs violences sont aussi la cause du fait que je ne peux pas me transformer et, pendant un temps, j’ai craint que je ne puisse même plus parler à Lexi, mais nous parlons chaque jour, et c’est tout ce dont j’ai besoin d’elle pour l’instant.

Après encore quelques échanges entre nous, je réussis à la convaincre de ce dernier point, et elle se retire au fond de mon esprit, même si je sais que ce ne sera pas la dernière fois que nous aurons cette conversation et c’est très bien ainsi, car mes paroles ou mes sentiments envers elle ne changeront jamais. J’espère juste qu’elle continuera à rester à mes côtés jusqu’à ce que nous puissions partir d’ici.

Une fois que j’ai vite fait de me nettoyer et d’enrouler ma main, je change rapidement de chemise et je descends voir ce qui se passe. La sempiternelle boule au ventre revient, comme chaque fois que je descends les escaliers, mais il y a aussi une curiosité dans ma tête quant à ce que mon père veut après ce lien mental, et je décide de me concentrer là-dessus plutôt que sur la boule au ventre.

Quand j’atteins le bas des escaliers, je m’arrête pour prendre un moment pour dire bonjour à ma mère et embrasser la photo d’elle qui est accrochée au mur. Il y a plusieurs photos d’elle dans la maison, mais celle-ci est l’une de mes préférées d’elle. Elle a l’air si jeune et insouciante et, plus que tout, heureuse. Je ne l’ai jamais rencontrée, mais d’une certaine façon, chaque fois que je regarde cette photo d’elle, j’ai l’impression de la connaître. On m’a aussi raconté d’innombrables histoires sur ma mère, ce qui m’aide à la visualiser et à imaginer sa vie.

Ma mère et mon père ont eu la chance de se rencontrer juste après leurs 18 ans et se sont liés comme âmes sœurs et mariés en deux mois puis, 8 mois plus tard, mon frère Rowan est né. Un peu plus de 2 ans plus tard, ma sœur jumelle Blue et moi sommes nées. Malheureusement, Maman était malade pendant qu’elle était enceinte de nous, et l’accouchement a été trop pour son corps. Après avoir mis Blue au monde, elle est morte, ce qui a fait qu’on a dû me extraire du ventre de ma mère après qu’elle soit décédée.

Elle était tout le monde de mon père, elle et Rowan, et quand elle est morte il s’est retrouvé sans son âme sœur et père célibataire de trois enfants de moins de 3 ans, anéanti. Je n’ai pas encore rencontré mon âme sœur, donc je ne peux même pas commencer à imaginer ce qu’il a traversé. Même après tout ce qu’il m’a fait subir, je me sens encore triste qu’il ait perdu son âme sœur.

On dit que quand un loup perd son âme sœur, cela peut le rendre fou, parfois même le pousser à se tuer, et bien que mon père n’ait jamais cherché à se faire du mal, je me suis souvent demandé si la mort de ma mère l’avait rendu fou, mais juste d’une autre sorte de folie que la normale. D’habitude, quand un loup devient fou, il devient méchant envers tout le monde autour de lui, et bien que mon père ne se comporte pas comme ça, ça ne m’empêche pas de me demander si peut-être il a une autre forme de folie où il réussit à la cacher au monde et à ne la décharger que sur moi.

Tu vois, j’ai beau être jumelle, ma sœur et moi, c’est comme si nous vivions dans des maisons différentes, dans des meutes différentes même, parce que, tandis que moi on me traite comme une merde collée sous la chaussure de mon père, ma sœur est traitée comme une princesse. Oui, mon frère et ma sœur sont tous les deux les enfants chéris de mon père, tandis que moi je suis le déchet de reste qu’il n’a jamais voulu, pas depuis le jour où je suis née en tout cas.

D’après ce qu’on m’a raconté, mon père était incroyablement excité à l’idée d’accueillir des jumelles au monde. Lui et ma mère avaient déjà un petit garçon et avaient décidé que deux filles ensuite faisaient le nombre parfait d’enfants et qu’ils seraient heureux de s’arrêter avec nous, mais puis le jour est venu où ma mère est entrée en travail avec nous un mois avant son terme et est morte quelques minutes après la naissance de Blue.

On dit que ma mère souffrait, sans le savoir, d’une hémorragie au cerveau et qu’après le stress d’avoir mis Blue au monde naturellement, son corps a lâché, mais ils ont réussi à me sortir à temps ; quelques minutes de plus et j’aurais, moi aussi, été morte. Mon père ne pouvait pas regarder ni ma sœur ni moi pendant plusieurs jours, mais quand il l’a enfin fait, il m’a haï instantanément. Il a dit que c’était de ma faute si ma mère était morte, que j’avais d’une manière ou d’une autre causé sa mort, malgré plusieurs médecins qui lui disaient que ce n’était pas le cas, qu’elle souffrait depuis des semaines et qu’elle serait morte de toute façon ; il n’a quand même pas écouté et m’a toujours haïe et blâmée, tout ça parce que j’ai été la dernière à naître.

« Bonnie, viens. » Mon père a pris sa voix de père poli, ce qui signifie que quelqu’un d’important est ici. C’est le seul moment où il est, en quelque manière, correct avec moi, et ce sont des instants dont je savoure chaque seconde. Triste, je sais, mais quand tu passes toute ta vie à être haïe et maltraitée, tu apprends à saisir la moindre occasion pour profiter des moments de calme, de paix et sans douleur.

J’accélère et j’arrive vite au salon pour trouver mon père assis sur le canapé avec ma sœur et mon frère, tandis que l’Alpha Harold est assis en face d’eux avec un autre homme que je ne reconnais pas. « Bonjour, Bonnie. » Alpha Harold me salue avec son sourire chaleureux habituel et, comme toujours, je dois retenir mes larmes à quel point si peu de gentillesse me touche.

Alpha Harold est l’Alpha de la meute de Green Rock depuis 25 ans et c’est un Alpha incroyable. Il dirige une meute formidable et ne montre à chacun des membres de sa meute rien d’autre que de l’amour et de la gentillesse, et je n’ai aucun doute que s’il savait ce que mon père me fait, il péterait un câble. Il y a eu tellement de fois où j’ai voulu lui dire,, il y a même eu des moments où je me tenais devant la porte de son bureau, prête à frapper, mais alors les paroles de mon père résonnaient toujours fort dans ma tête, m’en empêchant.

Mon père m’a toujours dit que si je le dis à qui que ce soit, alors il tuera ma grand-mère April. C’est la mère de ma mère et, même si nous ne l’avons pas vue depuis plus de 10 ans, je l’aime toujours profondément. Elle a quitté la meute après avoir décidé qu’elle en avait fini avec la vie de meute et voulait finir ses jours dans la forêt dans une cabane, juste elle et son chien de compagnie. Je ne suis pas sûre de pourquoi elle a choisi cette vie, mais d’après ce qu’on m’a dit, elle n’a plus jamais été la même après la mort de ma mère.

Je me souviens de lui rendre visite souvent quand nous étions petites et, même si elle ne nous montrait pas beaucoup d’amour de manière physique, elle a toujours été polie avec nous et n’a jamais été méchante ni abusive envers moi. Elle n’a jamais su ce que mon père faisait parce qu’il était toujours doué pour cacher mes bleus, et après qu’elle a quitté la meute, il a coupé tout contact avec elle. Mais malgré tout cela, je l’aime toujours et cette idée qu’il puisse lui faire du mal a toujours été et sera toujours suffisante pour me garder silencieuse.

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